Le menon

Je ne possède rien, je vole
à droite, à gauche , à Pierre à Paul.
Je ne suis que poussière
fait de grains amassés ;
j’ai mal à ma matière
ce soir j’en ai assez

de n’être qu’un menon
qui gît sous un lit à refaire,
un pauvre menon sans nom
à la merci d’un courant d’air

Je n’ai rien créé, tout regorge
de droit’e, de gauch’e, de Jacque’s de Georges
Ma façon de lui plaire,
Celle d’un receleur ?
Mes « je t’aime » avaient l’air
d’être « made in » mon coeur… Je ne suis…

Rentré plus tôt de l’entrepris’e,
j’e voulais lui faire la surprise ;
j’ai attendu caché
sous le lit sa venue
et quand ell’e s’est couchée
y’ avait quelqu’un en plus ! Je ne suis…

Il lui parlait d’amour, chantait,
n’avait rien créé, inventé.
Ses « je t’aime » étaient « made
in » mon coeur crucifié,
tout tire-bouchonned
par les r’essorts du sommier.

Je ne suis qu’un menon
qui gît sous un lit à refaire,
un pauvre menon sans nom
et qui attend un courant d’air.
Je ne suis qu’un menon,
un menon fait de grains de poussières,
un pauvre menon sans nom,
j’ai mal à ma matière

Faignasserie

Appesanti dans mon fauteuil
Je travaillais à fair’e le deuil
De mon asthénie familière.
Mes ressources énergétiques
Semblaient aussi catastrophiques
Que celles de la France entière !

Quand la queue du chat me frôla les poils
Ce qui me donna cette idée géniale :

Car cette queue qui électrise,
C’est de l’énergie, en un mot,
Il suffirait qu’on la maîtrise
Pour fair’e l’effet d’un’e dynamo !

L’application est compliquée ;
Je mis ma physique appliquée
Sagement entre parenthèses
Et je m’engonçais tout entier
Là où je retrouvais mes pieds
Bien au chaud dans mes charentaises.

Quand la queue du chat d’un mouv’ement frondeur
Titilla derechef ma fibr’e de chercheur…

Cette queue qui brasse de l’air,
C’est d’e l’énergie qui se débine ;
Il faudrait qu’on la récupère
Pour fair’e tourner une turbine !

Tandis que comme deux pi-erres
Commençaient à choir mes paupières,
Je vis en rêve un’e vaste usine :
Un mond’e fait, si je ne m’abuse,
De carrés et d’hypoténuses,
De rouag’es, courroies et turbines.

Une sorte de centrale électrique :
De drôl’es d’ouvriers y bossaient à la trique.
« Au boulot, tas de fainéants ! »

Tous les matous de mon quartier
Produisaient l’électricité
Dont a besoin la France entière !
Qu’on mette les chats au turbin,
Peut-être lâcheraient-ils les humains
Lorsque ceux-ci pensent et digèrent.

Coquillage

On patouille sous la flotte
J’e suis fauché, t’es pâlotte :
Deux voiliers dans la boue
Qui rêvent de Pérou.

Alors faute de quai,
Collés comm’e des merguez,
On ferme nos quinquets,
On ouvr’e nos portugaises

Ton oreille coquillage tout contre mon oreille
On écoutera la mer, ce s’era tout comm’e, pareil.

Ecout’e cette musique
Qui vient d’e nos pavillons,
C’est du synthé acoustique
On va brev’eter l’invention.

Et on vendra notre image,
Celle de deux coquillages
Echoués en banlieue
Fauchés mais amoureux.

Ton oreille coquillage tout contre mon oreille
On écoutera la mer, ce s’era tout comm’e, pareil.

La machine à laver la vaisselle

D’epuis qu’on a la machine
à laver la vaisselle,
ma mèr’e, ma frangine
ne parlent plus entre elles !

Le progrès min’e de rien est un fameux stratège :
il ôte en quelque sorte aux femm’es un privilège
sous l’e couvert pervers de “libéralisation”
il leur supprime en fait le droit de réunion !
L’e progrès et ses machines
est l’œuvr’e de misogyne :
il crée pour foutre à l’eau
de probables complots… De fait…

D’epuis qu’on a la machine
à laver la vaisselle,
ma mèr’e, ma frangine
ne parlent plus entre elles !

Finis ses exclusifs et féminins instants
Temps, d’éducation quand, par exempl’e, profitant
de l’allégorie de la sauc’e tomat’e rebelle
les mamans abordaient le cycle menstruel !
Comment vont-elles faire ?
Et par quels travers :
les machin’es efficaces
ne laissent plus de traces… De fait…

D’epuis qu’on a la machine
à laver la vaisselle,
ma mèr’e, ma frangine
ne parlent plus entre elles !

Moments privilégiés entre verr’es et assiettes
où les mèr’es conseillaient en amour leur fillette :
ton père est ingénieur mais qu’a-t-il inventé ?!
Des propos que j’allais aussitôt répéter…
C’est pas lui qu’inventa
en guis’e de répression
mais c’est lui qui l’ach’eta
la machine en question…

D’epuis on a la machine
à laver la vaisselle
et ma mèr’e, ma frangine
ne parlent plus entre elles !

Ce jeune homme

Ce jeune a bien du talent
Qui vient nous distraire un moment.
Higelin, Renaud, Le Forestier,
San-Francisco, la maison bleue,
Ses chansons sont assez variées,
Elles passent souvent à Radio Bleue.
Vêtu de jeans comme les Vieillards
Il nous gratouille une guitare,
Une vieille électroacoustique
De notre époque, c’est sympathique.

Ce jeune a bien du talent
Qui vient nous distraire un moment.

Moi, c’était Parlez-moi d’amour Félicie… aussi !
Et encore Le temps des cerises ,
La chanson des blés d’or 
J’aimais pas tout, je trichais au mieux ;
C’était pour faire plaisir aux vieux.
Lorsque j’étais incognito,
Je poussais même un petit Tino !
Je me rends compte présentement
Que ça se voit quand on fait semblant.

Ce jeune a bien du talent
Qui vient nous distraire un moment.

Il a même un synthétiseur
Et un vieil échantillonneur
Qui date des années… quatre vingt !
Son grand-père était musicien !
Moi, j’avais un accordéon :
C’était alimentaire, Léon,
Mais j’écrivais le reste du temps
Des french songs, dirais-t-on maintenant.

Ce jeune a bien du talent
Qui vient nous distraire un moment.

San francisco, la maison bleue ,
Comme moi, c’était la java bleue
Je lui chanterais volontiers
Une autre de Le Forestier
Pour débourber la roue du temps,
Pour mes quatre vingt dix printemps :
Ma voix tremble, je suis… gâteux :
« Je veux quitter ce monde heureux… »

Merci jeune homme, vous avez bien du talent,
Vous nous avez distrait… un moment.

Epiphanie

Fanny, ch’est elle
qui nous rechoit
après Noël
p’ tirer les Rois.
Fanny, ell’e vit
en cholitaire
et nous auchi :
chélibataire !
Ell’e nous lacha
qu’e chett’e fois, le roi
aurait Fanny !
Ch’est la chanchon
Ch’est la chanchon
d’e l’ épiphanie.

Je chuis le roi,
je chui la reine ;
j’avais le choix
j’ai eu d’e la veine
Chur deux morcheaux
de la brioche
j’ai eu droit aux
fèv’es en plachtoche !
Viv’e les Rois Mages !
Vive les plombages !
Et viv’e Fanny !
Ch’est la chanchon
Ch’est la chanchon
d’e l’ épiphanie….

(On me signale discrètement qu’il y a un petit incident… Pour ne pas briser la magie du spectacle, je l’ imicie : hop là ! (sacrè moi-même !) Y’ A UNE VOITURE QUI GÈNE ! N° 3471 TD 01

Z’étaient partis
à dos d’e chameaux ;
on est r’eparti
en deux chevaux
Pour le tirage
j’ai eu plus d’e bol
que dans l’e virage
ma pauvr’e bagnole !
J’ai vu l’étoile
à l’hôpital
avec Fanny
Ch’est la chanchon
Ch’est la chanchon d’e l’ épiphanie.

 

… ( et pendant que je temporise j’en vois sortir leur carte grise… Faut dire que quand on se gare en ville on n’a pas la conscience tranquile… Je réitère (sacré moi-même !) Y’ A UNE VOITURE QUI GÈNE ! N° 3471 TD 01)

Et pi Fanny
Et pi Fanny ?
Je vous rachure :
égratignures.
Ell’e doit tirer
le Roi ailleurs
ell’e ch’est barrée
avec l’e docteur
l’e docteur Leroy
hahahaha !
Ainchi finit
chette chanchon
Ch’est la chanchon
d’e l’ épiphanie.

hahahahahahahaha…
( sacré moi-même !) Y’ A UNE VOITURE QUI GÈNE !
ahahahahahahaha… Hein ? une 4 L ? … Verte ?…
Cett’e voiture c’est la mienne…

Autant pour moi !

On s’aimera

On s’aimera
Avec un chapeau sur le « î »
C’est plus joli
Et ça égaie !
Et notre amour serait ainsi mieux à l’abri
Et du soleil
Et de la pluie.

Et on s’aim’era comm’e des fadas !
Qu’importera le froid la dure
Et qui sera le matelas
Et qui sera la couverture

On s’aimera, on s’aimera avec deux « m »
On n’e sait jamais
On n’e s’ait jamais
Il faut un « m »(e) de secours et quand on aime
Il s’agit pas d’être rapiat !
On s’aimera sans apostrophe, tout attaché
Pour que ça tienne
Pour que personne
Ne soit tenté de s’immiscer pour tout gâcher
Entre la tienne
Et… Et… Ma pomme !

On s’aimera, on s’aimera, merle enchanteur,
Mais tu t’esquives
Mon bel oiseau,
Et jamais je ne te captur’e, mais par bonheur,
Faute de griv’e
J’aime les mots,

Mais par bonheur, faute de griv’e, j’aime les mots

J’ai pas l’air con

J’ai pas l’air con sous ton balcon
A te pousser ma p’etit’e chanson
Avec la min’e que je trimballe
Et mes grands bras si encombrants
Mais aussi grands qu’un idéal.

Ce n’est pas qu’un rêve d’enfant ;
Ce n’est pas non plus un secret ;
C’est à prendre au premier decré
Parce que ça caill’e sous ton balcon !
J’ai pas l’air con sous ton balcon.

Je rêv’e que tu s’erais apparue
A ton balcon et à ma vue… (sifflets)
Mais ça serait trop haut vraiment
Alors avec tes vêtements,
T’aurais fait une corde à noeud !

Avec ton chemisier – un noeud –
Puis ton jupon – un noeud – vas-y !
Ça s’erait encor’e trop court – …et si !
Et moi, j’erais à la réception !…
J’ai pas l’air con sous ton balcon.

J’e voudrais êtr’e beau comme Zorro
Dans l’hacienda de Don Diego ;
Avoir une aussi belle voix
Qu’on oublie de bouger ses doigts
Sur le manche de sa guitare.

Moi, sans guitar’e, je suis canard :
« Coin, coin, coin, coin ! », ça t’e fait pas rire ;
D’ailleurs ça ne fait personn’e rire,
Car y a personn’e à ton balcon !
J’ai pas l’air con sous ton balcon.

Tout pâl’e, naïf jusqu’à la moelle,
Je reste avec mon idéal :
Qu’ y est plus d’enfants qui meurent de fin,
Qu’il n’y ait plus de guerre au moins…
J’ai pas l’air con sous ton balcon.

Et il n’ y a mêm’e pas d’e balcon !
J’ai pas l’air con dans ma chanson !
Comm’e il f’aisait du premier degré,
J’e voulais des bras pour m’e réchauffer :
Des fois ça caill’e dans mes chansons,
Des fois ça caille… Dans mes chansons.

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