Blog

Le tas

1- Et si ce soir , on f’sait un tas ?
Oui, les uns sur les autres : un tas !
Comme autrefois dans mon canton,
qu’ on était jeune mais pas si con !
L’un d’entre nous lançait, jovial :
« on fait un tas ? » et hop, olé !
Sans soucis du bien ni du mal,
en pyramide on s’empilait !

C’était notre Tao à nous,
notre philosophie à nous…
Nos corps et désidératas,
on en faisait un tas !

2- C’était, c’était sans prétention,
comme un’ petit’ révolution ;
grâce à la pesanteur, les gros
étaient les premiers sur l’ carreau !
Suivaient ensuite les frileux
qui s’encastraient dans le milieux,
et quant aux poids de libellule,
ils surmontaient le monticule.

Voyez-vous , mesdames et  messieurs,
ce sens « social » qui crèv’ les yeux !
Et d’ la justice… et caetera,
je l’ai appris sur l’ tas !

3- Nos tas n’avaient ni queue ni tête,
seul comptait la chaleur des êtres ;
quand parvenait jusqu’au dessus
quelques « au secours ! » étouffés
ou quelques petits cris pointus
l’on songeait à se déméler,
lent’ment, le coeur émoustillé,
parfois certains se rhabillaient…

Mademoiselle, pardonnez-moi,
si au lit  c’est pas vraiment ça…
C’est que l’amour, voyez-vous, moi,
je l’ai appris sur l’tas !

4- Et quand on voit ce qui se passe :
les guerres, la famine et j’en passe…
Pour manifester notre émoi,
pourquoi pas qu’on ferait un tas ?
Contre l’inconscience des grands,
contre le temps, tiens ! qui fout l’ camp !
Et même contre rien du tout !
Faisons des tas là, tout partout !

J’en appelle à toi ô public !
venu de …….. ou de Navarre !
Petit pas drôle et gros comique !
Pas cap. de faire un tas ce soir ?

5- Pas cap. de faire un tas, ben tiens,
des nuits, j’en pleure et le matin,
j’ai les yeux plein de crott’s de zieux !
Alors pour pas devenir vieux,
j’en fais un tas, j’en fais un tas
en attendant que la raison du tas
devienne la raison des tas,
j’en fais un tas haut pour toa…
Tiens !

Monsieur l’Allemand

Le champ de blé était fauché
Hurlaient les avions, la sirène
Petite, ell’e  courait se cacher
à toutes jamb’es sous le grand chêne
Voilà pour le décor, le cadre :
la débâcle en quarante-quatre
Voici de ce monde à l’envers
le récit que m’en fit  ma mère
Monsieur l’ Allemand, c’était la guerre
Cette fillette, c’était ma mère
Trop tard pour les présentations
Pas trop pour faire une chanson

Une moto et des soldats
Venus piller je ne sais quoi
Que vouliez-vous piller, vandales
Chez Gaude, c’était son cheval !
Maman tremblait sur ses huit ans
alors toi tout discrètement
D’un air ému et maladroit
tu lui tendis du chocolat
Monsieur l’Allemand, c’était la guerre,
Faut pardonner à ma grand-mère
Soupçonnait-elle du poison
Elle l’a enterré bien profond

Comme se déposent des armes
Maman raconte encore les larmes
qui coulèrent sur ta figure
quand tremblotant, tu caressas
son visage et sa chevelure
et qu’un prénom tu balbutias
Avec politesse la mioche
a dit : “merci Monsieur le Boche”
Monsieur l’Allemand, Meine Mutter
ressemblait-elle comme une sœur
à une gamine goulue
qui t’attendait, la revis-tu ?

Souvent je pense à ce récit
je pense à cet amour trahi.
Et même si ce n’est pas vrai,
où ton cadeau fut enterré,
il a poussé un plant de blé
Sur ce cim’etièr’e d’amour mort-né,
il en a poussé tout un champ
après la guerre, Monsieur l’Allemand.

Squatt

J’étais rentré at home
Fourbu, pour piquer un somme,
Quand j’e vis sur mon traversin
Qu’il y avait déjà quelqu’un
Qui dit : « holà ! Bats les pattes !
Ceci, ceci est un squatt ! »

J’e lui ai dit :
– Mais what, what, what ce truc là ?
Il m’a dit :
– Le squatt, le squatt, le squatt, c’est ça !
J’e lui ai dit :
– Euh, soite, soite, excusez-moi !

Ce pirate vous épate :
A la port’e de mon appart,
J’ai été contraint au squatte
Fallait bien que je m’adapte

Pour squatter avec convenance
Il faut montrer patte blanche :
Un pied de biche sous la porte :
C’est ma carte de visite
Depuis que, en quelque sorte
Le squatte est mon domicile.

– Mais Monsieur
le squatter, squatter, squatter
Vous êtes chez moa !
– Moi Madame, je squatte
Je ne vous retiens pas !
Il faut quand on squatte, squatte
Se sentir chez soit.

J’ai squatté plein comme une jatte :
J’avais bu trop de picrate,
Au réveil, au petit mat,
J’étais dans mon propre appart !

Pour les r’emercier à ma manière,
J’e retourn’e chez les locataires
Qui, pour moi ont découché.
Quand l’e mari n’est pas rentré,
En plus d’être le squatter,
Je suis un peu le facteur.

Le jeudi
Je squatte, squatte, squatte
Chez la dame du lundi ;
L’e vendredi,
Je squatte, squatte, squatte
Chez cell’e du mardi ;
Le sam’edi,
Je squatte, squatte, squatte
Celle du mercredi ;

Quand dimanche montre sa patte,
Je lui squatte ses savates :
Un’e nuit sous un réverbère,
C’est le repos du squatter.

J’avais squatté sa chaumière
De la plus noble manière :
Il faisait un peu frisquet,
On s’est tenu bien chauffé…
Quand j’ai dit : « c’est pas tout ça ! »
Elle a dit : «  tu restes là ! »

Et depuis,
Je squatte, squatte, squatte
Malgré moi ;
Prisonnier,
Je squatte, squatte, squatte
Sous son toit ;
Condamné,
Je squatte, squatte, squatte
Tel un forçat.

Et je squatte des nuits entières
Dans les bras de ma geolière.
La boucle est bouclée à clé :
Les squatters seront squattés !

Lalalalalalala…

Hugh

Je ne fais jamais de courbettes
Moi les révérences, quéquette !
Car voyez-vous,
Maint’enant je ne supporte plus
Que l’on me dis’e que j’e n’en ai plus
Sur le caillou !
L’intelligence dégarnit,
C’est bien connu et c’est ce qui
Rend Hugues jaloux !
Pour m’humilier, ce sale coyote,
Ce visag’e pâle poil de carotte
Il dit partout :

« Crâne pas ! Eh, crâne pas ! »

Ouh ! ouh ! ouh…. Hugh ! Chlap !
Ouh ! ouh ! ouh…. Hugh ! J’aurai ton scalp !

Moi, quand il se met à pleuvoir,
Je suis l’e premier à recevoir
Des gouttes d’eau !
Par contr’e, quand le ciel est miné
C’est mon crâne la cible des
Cacas d’oiseaux !
Le soleil fait briller ma tête,
Les badauds s’exclament tout bête :
« On se voit d’edans ! »
Les papoos’es font des pieds de nez ;
Les fill’es font péter leur acnée
Et Hugues se fend

Ouh ! ouh ! ouh…. Hugh ! Chlap !
Ouh ! ouh ! ouh…. Hugh ! J’aurai ton scalp !

Cela devient une obsession :
Je soupçonne sans exception
Tous ceux qui rient !
Quand ma squaw me dit : « ma souris… »
Ell’e signifie, ça j’e l’ ai compris :
« Ma chauv’e souris ! »
Sous mon tipis quand il fait nuit ;
Que nous jouons à « hue ! Oui !Oui ! » :
La cavalcade !
Elle confond mon crâne nu,
Je veux dir’e qu’elle parle à mon cul :
Ma têt’e malade !

Ouh ! ouh ! ouh…. Hugh ! Chlap !

Ouh ! ouh ! ouh…. Hugh ! J’aurai ton scalp !

Mes frèr’es grand-chefs sans couvre-chef
Déterrons la hache de … Bref !
Cela suffit !
Hugues, te voilà attaché
Au Totem, vas-y Sorcier,
Fais ton office !
J’ordonne la tonte intégrale
A l’arraché de tous les poils
De ce forban !
Si vous croisez, miches à l’air,
Zigzaguant, tondu comme un ver,
Homm’e blanc hurlant :

Chauv’e qui peut ! Chauv’e qui peut
Ouh ! ouh ! ouh…. Hugh ! C’est Hugues ! Chlap !

Ma déglinguée

Tes yeux bredouillent
que sous ton manteau et ton corps
sag’e qui pendouille
Cendrillon aux beaux cheveux dors.
Sous un’e citrouille,
un corps de fée !
Comment tu fais,
tu te débrouilles
pour êtr’e toujours si déglinguée

Ma déglinguée
tu me déglingues
où t’es allée
trouver ces fringues ?
Dans un bouquet
on te distingue !
Ma déglinguée
tu me déglingues
à t’effeuiller,
mon coeur déglingue
à tout’e  berzingue
je deviens dingue.

Tes yeux me mouillent ;
je suis trempé
je suis planté
comme un fenouil(le)
qui attend qu’on vienn’e l’arracher.
Sous les glycines
nous prendrons le temps de démê-
ler nos racines
moi non plus je n’e sais pas danser

Ma déglinguée
tu me déglingues
à tournoyer
comme un bastringue
tu vas intriguer les beaux princes.
Ma déglinguée
tu me déglingues
à t’effeuiller,
mon coeur déglingue
à tout’e berzingue
je deviens dingue

Tes yeux de source
qui m’ont donné tous leurs secrets
une eau si douce
qui coule encore sur mes regrets
J’ai plus de puis
je t’ai fait l’e coup d’e la fleur fanée
et aujourd’hui
je n’ai que mes yeux pour pleurer

Ma déglinguée
et un matin
t’as pris le train
sans un au r’evoir
sans un mouchoir
sans un demain.
Ma déglinguée
si tu  reviens
je te promets
d’agiter des draps de remords
jusqu’à ma mort

Ma déglinguée
car ton fantôme
tout déglingué
qui se prénomme
simplicité
m’a déglingué.

Le vice

Soit une chaise bancale
Qu’on passerait à travers,
Un’e chais’e de confessionnal
Qui confesse sa misère.
Un marteau et quelques clous
Que j’enfonce du dessous,
Voilà un sièg’e de piété
A sout’enir tous les péchés.

« Mon fils, pour ta pénitence
Pour te guérir de ton vice,
Assieds-toi donc en silence
Sur le sièg’e du sacrifice ».
Car le vice est un clou
Qu’il fait bon enfoncer
Mais le vice est filou :
Il ressort d’e l’autr’e côté !

Car le vic’e, papa,
Car le vic’e, maman,
Le vice est versa
Et réciproqu’ement

On repèr’e souvent le vice
Dans l’e postérieur du prochain
Sans remarquer en novice,
Celui qui est dans le sien
Car la procession du vice
C’est un grand cercle vicieux
Tourne, tourne, tourne vice,
On marche à la queue leu-leu.

Le vice est le mal du siècle ;
La vice est l’e mâl’e de l’écrou ;
C’est bien trist’e, mais dans ce siècle,
Il faut un coupable à tout.
Car le vice est partout,
Oui messieurs les jurés,
Qui d’e la vis ou d’e l’écrou
A vissé le premier ?

Car le vic’e, papa,
Car le vic’e, maman,
Le vice est versa
Et réciproqu’ement

Et maintenant le voici,
Cet exemple tant attendu
Fi des métafor’es hardies,
Appelons un chat un cul !
Mon copain Fernand flânait
En fredonnant : « lalalère »
Un’e comptine des forêts
Jusque dans une clairière.

La bande à Eléonore
Le coucha dans le gazon ;
Larirètait-il encore
Le frou-frou d’e son pantalon ?
Je me dis : y’a un truc !
Quand je pense à Fernand…
Fort qu’il est comme un Turc,
Il était consentant !

Car le vic’e, papa,
Car le vic’e, maman,
Le vice est versa
Et réciproqu’ement

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑